L'échelle du deuil

 L'échelle du deuil


Quand une personne a durablement compté et qu'elle quitte ce monde, alors quel que soit son âge, quel que fût son état à la fin, où l'état de notre relation avec elle, il y a toujours quelque chose qui se retourne à l'intérieur de nous.

Tous ces bons moments partagés quand on ne pensait pas à ça....ils nous reviennent sans prévenir, comme pour nous rappeler que la vie est un voyage avec un point de départ et un point d'arrivée.

Savoir tout arrêter pour ne penser qu'à cela le moment venu, est une chose importante pour savoir ensuite reprendre tranquillement le cours de son voyage. C'est une manière de se recueillir parce que le bonheur ce n'est que cela, un ensemble de manières.

Prendre soin ensuite de ce qui est, tant que possible...pour que les possibles regrets laissent place au sentiment d'ouvrage accompli, et c'est un ouvrage que de persister dans l'amour, tant il peut y avoir du sombre en nous qui s'exprime.

Dans ces moments-là, un texte bien senti peut devenir une échelle pour tous les esprits. Ceux qui partent, ceux qui restent, et ceux qui arrivent.

Nous ne sommes pas appelés à mourir parce que la vie est triste....(Jean d'Ormesson disait...nous mourons parce que c'est beau)....je pense pour ma part que nous mourons parce qu'un travail de deuil accompli, cela permet aux esprits d'élever leurs pensées au dessus des choses les plus basses et les plus ordinaires. Le quotidien nous tire bien souvent vers le bas et nous pouvons avoir besoin de ces périodes pour grandir. C'est aussi la marque du temps qui fait tourner la vie. Cela ne signifie pas pour autant qu'il faille étouffer cette part d'enfant intérieur qui continue de vivre en nous. Non, ni mûrir ni mourir n'est synonyme de dépérir. Les petites choses ont le droit de rester brillantes et l'enfer n'est pas d'être privé de la présence physique de ceux qu'on aime... mais ce serait ne pas sentir que tout se prolonge au delà des yeux.

Il peut être bon de s'arrêter sur les étapes pour mieux en saisir l'importance, et mieux repartir. Ce qui peut sembler triste à certains, c'est le fonctionnement rituel des choses sans qu'on ne les comprenne vraiment, il ne serait pas sans danger de reproduire les rites sans avoir réellement conscience de ce qui se passe. Pourquoi se réunir? Lorsqu'un prêtre nous dit « nous sommes tous lumière les uns pour les autres », sans trop s'aventurer sur le terrain métaphysique, cela peut signifier « nous sommes tous des passeurs de vie par notre présence, notre attention, notre volonté de prendre part à la peine et de rappeler que malgré la difficulté du moment la vie reste sacrée, et que l'histoire qui se joue ici a une grande valeur, que c'est dans ces moments-là que la famille prend sa plus grande dimension : la famille c'est ce qui est plus fort que tous les désespoirs ».

La grande difficulté du deuil est de porter la mémoire du défunt vers un ailleurs et ensuite de savoir revenir dans le « ici et maintenant ».


Les larmes tombent comme fond la neige à la fin de l'hiver pour accueillir le printemps. Même si le temps est gris, il est des contacts qui font naître le jour.

A chaque fois qu'un cycle se termine, on est peut-être plus près du sentiment de la lumière éternelle. Ce n'est pas une force qui force, c'est une force qui accueille.

Et lorsque les mots nous manquent, allumer juste une bougie...leur essence profonde jamais ne partira.

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